De retour d'une semaine de vacances dans le Parc Naturel des Gorges du Verdon. Le cadre géologique sublime associé au climat méditerranéen façonne les niches écologiques de bon nombre d'espèces typiques dont je vous propose un bref aperçu.

Et pour débuter, à tout seigneur tout honneur, je réserve une place de choix au roi des airs de ces gorges encaissées. Il avait disparu au cours du 19ème siècle victime des persécutions liées notamment à sa mauvaise réputation. Il a été réintroduit par un collectif d'associations (dont la LPO) en partenariat avec le Muséum National d'Histoire Naturelle à la fin des années 1990. Le maintien de cette population de Vautours fauves (Gyps fulvus) dans les gorges du Verdon repose sur une interaction donnant-donnant entre les oiseaux et les éleveurs. En effet, les vautours rendent un service d'équarissage tout au long de l'année ce qui permet aux éleveurs de réaliser une économie substantielle. On peut donc régulièrement voir planer ce géant  (2m70 d'envergure) depuis les crêtes où il parcourt des dizaines de kilomètres chaque jour à la recherche de carcasses en utilisant les courants ascendants pour ne pas se fatiguer. Si vous observez un oiseau et que vous parvenez à lire le code à 3 lettres de sa bague, n'hésitez pas à contacter la LPO PACA pour lui transmettre cette information. Deux autres espèces de Vautours sillonnent également les gorges, ce sont les vautours moines (Aegypius monachus) et le vautour percnoptère (Neophron percnopterus).

Carte_GYPFUL_140411Vautour fauve (Gyps fulvus), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_GYPFUL4_120411Vautour fauve (Gyps fulvus), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_GYPFUL_120411Vautour fauve (Gyps fulvus), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

 

Au cours d'une randonnée dans les gorges, il est quasiment impossible de rater son chant rapide et sautillant souvent émis depuis le sommet d'un génêt ou d'un arbuste. Parfois même, le mâle de Fauvette passerinette (Sylvia cantillans) effectue un vol à la verticale en émettant ses notes rapides avant de se laisser retomber en planant vers son perchoir. Cette espèce est migratrice transsaharienne et ne revient en Provence que début avril où elle est immédiatement active. Remarquez la moustache blanche du mâle ainsi que son cercle oculaire rouge vif, un très joli passereau !

Carte_SYLCAN2_140411Fauvette passerinette (Sylvia cantillans), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_SYLCAN3_140411Fauvette passerinette (Sylvia cantillans), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_SYLCAN7_140411Fauvette passerinette (Sylvia cantillans), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Le temps d'un instant, laissons-nous emporter par les influences montagnardes des gorges du Verdon...Nous sommes en effet relativement proche des massifs alpins du Sud et l'inclinaison des couches calcaires qui constituent les gorges témoignent de mouvements tectoniques non négligeables. Ces falaises sont aussi le domaine d'espèces plutôt montagnardes, en tous les cas rupestres comme le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax). Ce cousin de nos corneilles et nos corbeaux établit des colonies de plusieurs dizaines de couples dans les falaises. Leur bec rouge vif permet facilement de les identifier. Toutefois, je n'ai pu les approcher, me contentant de les photographier à distance pendant qu'ils se nourrisaient dans une pelouse.

Carte_PYRRAX_130411Craves à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Il est 7h30, j'avais décidé de monter au sommet du Mourre de Chanier, pas de chemin, obligé de couper à travers la végétation et les pâturages. Hélas, je ne bénéficie pas de la météo idéale qui a réchauffé tout le début du séjour. L'objectif était d'observer quelques espèces plus montagnardes comme la Perdrix Bartavelle (Alectoris graeca) et bien sûr le Chamois. Parti dans la pénombre de l'aube vers 6h15, je monte sans trop me poser de questions parce que je ne vois pas grand chose. en suivant les passages du bétail. Arrivé au niveau des pelouses d'altitude, la lumière du jour me permet enfin de jeter un coup d'oeil dans les jumelles. Deux bartavelles décollent et se reposent un peu plus loin ne laissant apparaître que leur dos gris ardoisé et leurs queues rousses. A 100 mètres un Chamois (Rupicapra rupicapra) me regarde immobile avant de replonger dans un petit vallon, je continue donc à monter quand, en jetant un coup d'oeil au dessus de moi je m'aperçois que j'étais espionné par un chamois plutôt âgé, à en juger par la longueur de ses cornes. Nous sommes tous deux immobiles, une deux trois photos, je sais qu'il ne me laissera pas monter d'un pas supplémentaire. En effet lorsque je décide de continuer il part d'un bond en émettant son cri d'alarme caractéristique en guise d'au revoir...L'oeil dans les jumelles, je trouve un groupe d'une dizaine de Chamois en train de brouter sur le flanc de la montagne ce qui me laisse la possibilité de les approcher par le revers de la barre rocheuse. Allez, tentons le coup ! Effectivement, au moment de passer la tête par dessus l'escarpement qui les cache je tombe nez à nez avec toute la troupe...10 mètres peut-être nous séparent, c'est beaucoup trop peu pour eux, et trop peu pour moi, quelques regards à nouveau, quelques clichés et tout ce petit monde prends un sentier à pic pour échapper à mon regard trop curieux. La vue est magnifique, le ciel est menaçant, il est hélas grand temps de rentrer si je ne veux pas être pris dans les nuages peu accomodants...ce sont d'ailleurs quelques flocons qui accompagneront ma descente.

Carte_RUPRUP_140411Chamois (Rupicapra rupicapra), (Avril 2011, Mourre de Chanier, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_RUPRUP2_140411Chamois (Rupicapra rupicapra), deuxième année (Avril 2011, Mourre de Chanier, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_RUPRUP5_140411Chamois (Rupicapra rupicapra), (Avril 2011, Mourre de Chanier, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Revenons aux pentes ensoleillées des gorges du Verdon. Guettant l'ombre de l'Aigle Circaète Jean le Blanc spécialisé dans leur capture, les lézards se chauffent au soleil. Trois espèces sont présentes : le Lézard des murailles (Podarcis muralis) commun dans tout l'hexagone, son proche parent le Lézard vivipare (Zootoca vivipara) et le Lézard vert (Lacerta bilineata) beaucoup plus gros et moins commun. Les landes à Buis et à Genêt parsémées de nombreux amas et éboulis rocheux fournissent à ces espèces de nombreuses caches pour s'abriter et élever leur progéniture.

Carte_LACMUR_130411Lézard des murailles (Podarcis muralis), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_LACVIR_110411Lézard vert (Lacerta bilineata), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Le retour du soleil printanier est aussi annonciateur du retour des papillons, véritables petites mosaïques de couleurs chatoyantes. Et parmi les premiers figurent l'Aurore (Anthocaris cardamine) dont les chenilles se développent sur les plantes de la famille du chou (les brassicacées). En Provence, on trouve également sa cousine l'Aurore de Provence (Anthocaris euphenoides) sur laquelle le jaune remplace joliment le blanc.

Carte_ANTCAR_100411

Aurore (Anthocaris cardamine), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_ANTCAR_120411Aurore (Anthocaris cardamine), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_ANTCAR2_120411Aurore (Anthocaris cardamine), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_ANTPRO_100411Aurore de Provence (Anthocaris euphenoides), mâle (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Très présent pendant les randonnées dès qu'elles cheminaient à travers les landes à buis et à génévrier, l'Argus vert (Callophrys rubii) a dévoilé ses teintes vertes...

Carte_CALRUB_120411Argus vert (Callophrys rubii), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

 

Voici un petit joyau typique des pelouses méditerranéennes et pour cause : l'Azuré des orpins (Scolitantides orion) pond ses oeufs sur les crassulacées du genre sedum, des petites plantes grasses présentes sur les vieux murs ensoleillés. Le revers des ailes est à mon avis aussi joli que le dessus.

Carte_Azur_Orpins2_130411Azuré des orpins (Scolitantides orion), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Carte_Azur_Orpins_130411Azuré des orpins (Scolitantides orion), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Dans la même famille, les Lycaenidae, voici l'Argus bleu céleste (Lysandra belargus) en train de boire dans la terre humide d'un sentier à l'aide de sa trompe déployée. Les lépidoptères utilisent régulièrement leur spiritrompe pour aspirer l'eau de la terre humide surtout dans les régions méditerranéennes où elle peut être rare.

Carte_LYSBEL_130411Argus bleu céleste (Lysandra belargus), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Non loin de là se trouvait ce petit papillon de la famille des Héspéridae (reconnaissables à leurs antennes largement séparées à la base). Il s'agit du Point de Hongrie (Erynnis tages), par ailleurs très commun dans tout l'hexagone.

Carte_PointHongrie_130411Point de Hongrie (Erynnis tages), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Enfin, les pelouses calcaires commencent également à se teinter doucement de jolies couleurs jaune, orange, bleue...La touche orangée est souvent apportée par les membres de la tribu des Mélitées comme cette Mélitée du Plantain (Melitaea cinxia) dont l'aspect brillant montre qu'elle  a émergé récemment.

Carte_MELCIN_130411Mélitée du plantain (Melitaea cinxia), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Voici enfin quelques espèces végétales témoignant du retour progressif des plantes après les rigueurs de l'hiver. Commençons par une Orchidée et plus précisément un Ophrys, l'Ophrys litigieux (Ophrys litigiosa). Ce groupe d'Orchidées met en oeuvre une stratégie de pollinisation bien particulière. En effet la partie inférieure de la fleur (le labelle) imite un insecte ce qui trompe les vrais insectes qui se posent dessus. Cette position met l'insecte au contact des pollinies contenant le pollen de la fleur...et le tour est joué ! Il existe de nombreuses espèces d'Ophrys qui imitent d'ailleurs différents insectes, un formidable exemple de coévolution.

Carte_OPHRYS_110411Ophrys litigieux (Ophrys litigiosa), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)

Enfin, les pentes rocheuses sont le domaine de la Fritillaire à involucre (Fritillaria involucrata), plante de la famille des tulipes (liliacées) dont les fleurs commençaient tout juste à s'épanouir en ce début avril.

Carte_Fritillaire_120411Fritillaire à involucre (Fritillaria involucrata), (Avril 2011, Gorges du Verdon, EOS 50D 300mm + Extender 1.4x)