De retour d'un séjour d'une semaine sur l'Ile de beauté (et elle porte vraiment bien son nom !), je vous propose quelques unes de ces espèces ou de ces sous-espèces que l'on ne trouve qu'en Corse ou bien en Corse, en Sardaigne et sur quelques îles italiennes (elles sont alors qualifiées d'endémiques tyrrhéniennes). La faune est d'une façon générale moins diversifiée que son équivalente méditerranéenne continentale, à cause de l'insularité qui a freiné la conquête de cet espace par les espèces issues du continent. En revanche, les espèces qui sont parvenues à atteindre la Corse forment parfois des populations dont les individus présentent des caractéristiques morphologiques légèrement différentes des continentaux, conséquence d'une évolution indépendante pendant de nombreuses générations. Ainsi, difficile de ne pas voir un lien de parenté entre le Fadet tyrrhénien (Coenonympha corinna) et le Fadet des garrigues (Coenonympha dorus), espèce continentale, tant les motifs alaires de ces deux espèces sont proches mais tout de même légèrement différents. De même le Mercure tyrrhénien (Hipparchia neomiris) fait-il tout de suite penser au Mercure (Arethusana arethusa), espèce continentale. Parfois, les taxinomistes estiment que les différences entres individus insulaires et continentaux ne sont pas suffisamment importantes pour que les populations insulaires méritent le statut d'espèce à part entière et ils définissent alors des sous-espèces, sortes de variantes locales qui font l'objet d'éternels débats...Ainsi en va-t-il du Cormoran huppé de Desmarest (Phalacrocorax aristotelis desmaresti), communément considéré comme une sous-espèce méditerranéenne du Cormoran huppé (Phalacrocorax aristotelis aristotelis) fréquentant les littoraux atlantiques, de la Manche et de la Mer du Nord. Le même raisonnement s'applique à la sous-espèce corse du Petit Argus (Plebejus argus corsicus). Toutes ces petites différences interpellent, piquent la curiosité du naturaliste, tout comme la charcuterie typiquement corse, fruit de traditions locales centenaires, attire les papilles des gourmets. Chacun trouve dans un voyage de quoi satisfaire sa quête de nouveauté, et pour moi, ce seront avant tout les spécialités faunistiques, floristiques et géologiques avant de profiter le soir des particularités gastronomiques !

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Fadet tyrrhénien (Coenonympha corinna), endémique de Corse et de Sardaigne et abondant dans les landes de moyenne montagne où il butine les fleurs de Thym serpolet. (Vallée de la Restonica, Haute corse, juillet 2016, Canon EOS 50 D + 100 mm macro)

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Mercure tyrrhénien (Hipparchia neomiris), autre endémique de Corse et de Sardaigne. Il affectionne les pelouses caillouteuses d'altitude moyenne, où il ne se laisse pas facilement approcher ! (Vallée de la Restonica, Haute corse, juillet 2016, Canon EOS 50 D + 100 mm macro)

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Petits Argus de la sous-espèce corse (Plebejus argus corsicus) en train de s'accoupler. Les différences avec la sous-espèce nominale qui vit sur le continent sont très subtiles : les ocelles sont gris-noir (et non pas noir) et largement cerclés de blanc. Ici, l'imbrication des pièces génitales durant l'accouplement est bien visible. (Vallée de la Restonica, Haute corse, juillet 2016, Canon EOS 50 D + 100 mm macro)

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Cormoran huppé de Desmarest (Phalacrocorax aristotelis desmaresti) immature en train de pêcher le long de la plage de Porticcio. Les connaisseurs remarquerons que la face ventrale du cou et le ventre (non visible ici) sont blanchâtres, ce qui distingue cette sous-espèce de la sous-espèce nominale atlantique dont les jeunes ont un ventre brunâtre. (Plage de Porticcio, Corse du sud, juillet 2016, Canon EOS 50 D + 300 mm f4)